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ALGÉRIE/ POLITIQUE : VENDREDI VIII. ‘’NON à ce montage politico-institutionnel’’

Par Y.B.-- 12-Avr-2019 1

ALGÉRIE/ POLITIQUE : VENDREDI VIII. ‘’NON à ce montage politico-institutionnel’’

 

L’impressionnant déploiement des forces combinées de la police et de la gendarmerie autour de la capitale annonce déjà la couleur d’une reprise en main musclée.

Il y a en effet des signes qui ne trompent pas. La répression des manifestations des étudiants et des syndicats et l’empêchement des rassemblements pour la première fois depuis le début du «Hirak», signe un changement de ton et de traitement qui ne cadrent plus avec le slogan fétiche des manifestants «Peuple-armée, khawa khawa».

Un nouveau vendredi de mobilisation attend les Algériens. Cette fois, il intervient dans une ambiance particulièrement tendue et marquée par des mesures de répression engagées à l’encontre du mouvement populaire qui, lui, maintient son caractère pacifique.

Il semble maintenant que les feuilles de routes de deux camps aient divergé. Le peuple qui s’accroche à son exigence de faire dégager toutes les figures de l’ancien régime notamment les trois «B» ne se reconnait plus dans le soudain plan «B» du chef de l’armée qui lui a pourtant promis d’être à ses côtés et de «concrétiser toutes ses revendications sans exclusive».

La convocation du corps électoral pour une élection présidentielle prévue le 04 juillet prochain, par le chef d’Etat intérimaire, Abdelkader Bensalah, a jeté un coup de froid au sein de l’opinion nationale en plein chaleur des manifestations populaires.

Du coup, les compteurs du changement de système auquel le peuple appelle de ses vœux après sept semaines de manifs, sont remis à zéro. De même que l’espoir d’un printemps démocratique né de la démission du président Bouteflika sous l’immense pression du peuple est remis à une date ultérieure. La rue n’y voit rien d‘autres qu’une contre-révolution qui permettrait au système de requinquer sa façade pour revenir avec de nouveaux atours

Quand bien même c’est stipulé par la Constitution, est-ce politiquement acceptable et stratégiquement réaliste d’organiser une élection présidentielle dans trois mois alors même que le pays connait la plus grande ébullition populaire de son histoire ?

Le bon sens voudrait que le pouvoir nouveau incarné par l’état-major, fasse preuve de lucidité et du sens des responsabilités que commande la délicatesse de la situation du pays marquée par une insurrection citoyenne pacifique.

De fait, il n’est pas raisonnable d’organiser un scrutin d’une telle importance pour un pays en proie à une crise politique majeure qui dépasse le cadre des personnes fussent-elles théoriquement hors-jeu.

Encore que les porte-voix de l’ex Président Bouteflika demeurent encore à la tête des institutions les plus stratégiques du pays.

A commencer par le chef d’Etat par intérim que le peuple rejette tout comme le Premier ministre, Noureddine Bedoui  et le président du Conseil constitutionnel, Tayeb Belaiz voire toute l’équipe gouvernementale nommée par Abdelaziz Bouteflika.

Cet attelage politique est pour le moins que l’on puisse dire, moralement et politiquement incompatible avec une échéance aussi décisive qu’une élection présidentielle censée marquer, la fin d’une époque et d’un régime.

Forcément, ce montage politico-institutionnel ne pourrait aboutir au soir du 4 juillet prochain- si le scrutin est maintenu- qu’à une reconduction évidente du système avec ses mêmes acteurs et ses mêmes actants.

On sait en effet que tous les partis de l’opposition- d’après leurs réactions- boycotteront l’élection présidentielle convoquée par Bensalah et validée par Gaid Salah.

Avec quels candidats ce scrutin en pleine crise va-t-il se faire ? Mis à part Ali Ghediri issu des rouages du pouvoir, tout porte à croire que le système va opérer une succession clanique en faisant élire un homme du système sous de nouveaux oripeaux.

Les partis du pouvoir vont, on s’en doute, se mettre au garde-à-vous et jouer collectif pour adouber celui qui va cueillir les fruits d’une révolution populaire confisquée.

Ceci est hélas le scénario d’un film d’épouvante qui est en train de s’écrire. Le discours du chef de l’armée, mercredi dernier, ne laisse plus de doute sur sa volonté de s’inscrire dans un légalisme douteux qui risque de coûter cher au pays en termes de stabilité.

C’est dire que les manifestations de ce vendredi VIII s’annoncent comme une finale entre les tenants de l’espérance démocratique et ceux qui veulent s’en sortir avec une opération de maquillage pour rallonger la durée de vie du système et rater, encore une fois, la chance de voir l’Algérie décoller.

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