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ALGÉRIE/ POLITIQUE : Mohcine Belabbas : Les militaires veulent installer « une nouvelle potiche au niveau de la présidence de la République »

Par A.D.-- 06-Juil-2019 29

ALGÉRIE/ POLITIQUE : Mohcine Belabbas : Les militaires veulent installer « une nouvelle potiche au niveau de la présidence de la République »

 

 

Le président du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD), Mohcine Belabbas s’est violemment attaqué, samedi, au chef de l’Etat major de l’armée nationale populaire, Ahmed Gaid Salah l’accusant de manœuvres visant à détourner » le mouvement populaire du 22 février afin d’installer une nouvelle potiche au niveau de la présidence de la République« .

Belabbas, qui s’exprimait à l’ouverture des travaux du Conseil national de son parti à Alger (document ci-dessous), affirme que « quoi que l’on en dise ça et là, le clan symbolisé par Gaid-Salah n’a pas pour ligne directrice de nettoyer les écuries d’Augias. Le voudrait-il, il ne le pourrait pas pour une raison simple, c’est que lui-même, ses compagnons d’infortune dans cette aventure et leurs familles traînent des soupçons de faits de corruption comme tout le reste de la 3issaba. L’opacité est un fait dans la gestion des budgets faramineux du ministère de la Défense, dont les partenaires économiques et financiers sont des entités nationales mais aussi étrangères. L’unique but de ce « nettoyage » par le biais de la récupération de l’appareil judiciaire est de baliser la voie pour les militaires afin d’installer une nouvelle potiche au niveau de la présidence de la République ».

Le président du RCD soutient que « la neutralisation de la volonté populaire » projetée par l’armée se ferait pas trois axes, à savoir, « l’instrumentalisation de l’appareil judiciaire pour le traitement de dossiers triés par l’armée, dans leur chronologie et le tri des personnages poursuivis, le tout sous le feu des médias contrôlés par le vice-ministre de la Défense »,  préparer « un nouveau personnel civil pour prendre le relais des personnages politiques qui avaient occupé le devant de la scène durant les vingt dernières années et qui en étaient délogés » et « créer des lignes de fracture au sein des populations, de semer la peur et la confusion en vue de se présenter comme le garant de la paix civile après avoir provoqué le pire. Elle a déjà ses clients mais aussi ses relais objectifs« .

Pour Mohcine Belabbas, « la division recherchée par le pouvoir de fait est d’isoler les forces revendiquant la rupture avec le système par le moyen d’une transition démocratique qui s’inspire des principes universels, d’une démocratie régie par l’alternance au pouvoir, des libertés, avec son contenu philosophique et social et de l’’égalité en droits, le tout garanti par une justice indépendante » tout en soulignant que « la judiciarisation de l’interdiction de l’emblème amazigh a un double objectif : amputer le camp démocratique de son ancrage national et pousser le camp populiste-conservateur à se rassembler ». 

Le leader du RCD s’interrogent sur les motifs « des déclarations d’un Djaballah ou d’un Makri ou le silence de nombreux acteurs politiques sont significatifs d’opportunismes ancrés ou naissants qui portent en eux la peur de la démocratie et de la transparence« .

Il avertit que « l’option qui consiste à réduire la crise à de nouvelles élections présidentielles est la pire. Elle est le corollaire direct de l’instrumentalisation de l’appareil administratif, sécuritaire et judicaire. C’est la politique qui est en cours ».

Allocution d’ouverture des travaux du Conseil national du 06 juillet 2019 (discours intégral)

Mesdames, messieurs bonjour et bienvenue à cette nouvelle session de notre Conseil national,

Dans l’appel issu des résolutions de notre dernière réunion, tenue le premier février 2019, nous écrivions: « Devant cette impasse historique, le Conseil national du RCD a décidé d’instruire ses structures régionales et locales pour afficher leur disponibilité à la discussion avec des militants politiques, syndicaux, associatifs et des citoyens désirant s’investir dans la mise en place d’espaces de concertation pour une mobilisation citoyenne en faveur de la construction d’un rapport de force pour un nouveau départ. »

En politique, les rythmes et les délais des mouvements qui portent et expriment le refus de l’oppression ne sont pas de l’ordre de la science exacte. Notre conviction était que seule l’irruption du peuple dans l’espace public pouvait sauver le pays de l’impasse mortifère dans laquelle le système politique l’a plongé. C’est aussi le sens de mon intervention à la chaine de télévision El-Magahribia à un moment fort de la recherche de la promotion du 5ème mandat par la garde prétorienne du Rais déchu, dont le vice-ministre de la Défense était chargé de vendre « le cadre » au-delà du commandement militaire et des troupes de l’ANP. Je pense sincèrement que notre intervention pour maintenir et susciter l’espoir n’ont pas été vain. S’il faut une preuve supplémentaire, elle est dans les mots d’ordre démocratiques qui structurent les marches et dans la réaffirmation du combat pacifique comme unique moyen d’installer durablement un rapport de force en faveur de l’alternative démocratique et de progrès.

Chers amis, mesdames et messieurs

Le soulèvement du 22 février 2019 n’est pas une simple révolte contre l’injustice et les précarités installées à tous les niveaux de la vie nationale par un régime mystificateur. Un régime qui voulait réduire les Algériennes et les Algériens à de simples tubes digestifs et leur ôter leur humanité et leurs aspirations à vivre en liberté dans un pays libre. Le soulèvement du 22 février est la confluence de toutes les révoltes des populations algériennes et du refus de la fatalité de la dictature depuis le premier jour de l’Indépendance. Ce n’est pas un mouvement de revendications mais un soulèvement pour la réappropriation des libertés et du destin du pays. C’est 57 ans barakat !

Ceux qui, aujourd’hui, réduisent le contenu de ce sursaut révolutionnaire au départ et au jugement de quelques figures du système politique qui a confisqué la victoire de la nation contre le colonialisme, le font par calcul. Quelques semaines après de grandioses démonstrations unitaires de rue, l’état-major de l’armée s’est rangé par opportunisme du côté du mouvement populaire pour exiger la démission de Bouteflika. Il a, du même coup, mis la main sur l’ensemble de l’appareil répressif du pays, y compris l’appareil judicaire jusque-là contrôlé par le clan présidentiel.

Quoi que l’on en dise ça et là, le clan symbolisé par Gaid-Salah n’a pas pour ligne directrice de nettoyer les écuries d’Augias. Le voudrait-il, il ne le pourrait pas pour une raison simple, c’est que lui-même, ses compagnons d’infortune dans cette aventure et leurs familles trainent des soupçons de faits de corruption comme tout le reste de la 3issaba. L’opacité est un fait dans la gestion des budgets faramineux du ministère de la Défense, dont les partenaires économiques et financiers sont des entités nationales mais aussi étrangères. L’unique but de ce « nettoyage » par le biais de la récupération de l’appareil judiciaire est de baliser la voie pour les militaires afin d’installer une nouvelle potiche au niveau de la présidence de la République.

Dans cet objectif de neutralisation de la volonté populaire, et donc du détournement du mouvement du 22 février, de son aspiration à la construction d’un Etat de droit démocratique, la politique du l’armée s’articule autour de trois axes:

  1. L’instrumentalisation de l’appareil judiciaire pour le traitement de dossiers triés par l’armée, dans leur chronologie et le tri des personnages poursuivis, le tout sous le feu des medias contrôlés par le vice-ministre de la Défense, procède de deux motivations : La première est de répondre, ne serait-ce que partiellement mais forcément partialement, à une exigence du soulèvement (Klitou leblad ya serraqine), la deuxième, et qui est la plus importante pour la hiérarchie militaire, est de neutraliser durablement le clan qui s’était disputé avec l’armée le contrôle de la vie du pays. C’est une condition incontournable pour l’organisation d’une élection présidentielle sans risque pour le pouvoir de fait.
  2. Cette option ne vaut que si le pouvoir de fait prépare un nouveau personnel civil pour prendre le relais des personnages politiques qui avaient occupé le devant de la scène durant les vingt dernières années et qui en étaient délogés. Les ralliements graduels, mais de plus en plus assumés à l’option Gaid, d’acteurs du système éjectés par le président déchu, des organisations de la société civile largement clientélisées par le régime et de quelques partis islamistes terrorisés par une option à la Sissi, procèdent de cette démarche d’imposer une élection présidentielle parrainée dans les faits par les militaires, de bout en bout.
    3. Mais ceci ne suffit pas pour imposer l’acceptation d’une telle option au soulèvement populaire. A défaut de liquider ou d’étouffer le contenu démocratique et progressiste porté par les populations dans les manifestions, il faut l’affaiblir avant toute opération électorale. Le refus assumé par l’armée d’une transition démocratique n’est pas la peur de l’inconnu ou un problème de timing, en raison de la situation économique comme on l’entend ici et là fallacieusement. C’est le refus du système politique en place, symbolisé par Gaid-Salah, de permettre aux Algériennes et aux Algériens de construire un Etat de droit démocratique quelque soit, par ailleurs, l’agencement du calendrier électoral.
    Cette opération qui consiste à mater et à détourner la volonté populaire a un nom : c’est la contre-révolution ! Elle a un porte-voix: Gaid-Salah ! Elle a un programme qui consiste à créer des lignes de fracture au sein des populations, de semer la peur et la confusion en vue de se présenter comme le garant de la paix civile après avoir provoqué le pire. Elle a déjà ses clients mais aussi ses relais objectifs.

Chers amis

Vous l’avez sans doute constaté, la répression qui s’abat ouvertement aujourd’hui contre des composantes du soulèvement touche avant tout les défenseurs de l’option démocratique et progressiste. Vous me diriez que la disponibilité exprimée par les forces conservatrices et du repli sur soi pour se mettre sous la protection de l’armée les préservent de la furie du pouvoir de fait en abdiquant avant de livrer bataille. C’est en partie vrai, mais en partie seulement. Dans les faits, le logiciel politico-idéologique du pouvoir et des sphères bazaris de tous bords qui ont émergé sous l’aile du règne du président déchu est le même. Ces couches ne sont intéressées que par quelques libertés de plus dans le commerce et l’accès aux ressources en général avec des garanties de sécurité.

La division recherchée par le pouvoir de fait est d’isoler les forces revendiquant la rupture avec le système par le moyen d’une transition démocratique qui s’inspire des principes universels, d’une démocratie régie par l’alternance au pouvoir, des libertés, avec son contenu philosophique et social et de l’’égalité en droits, le tout garanti par une justice indépendante. En ce sens, la judiciarisation de l’interdiction de l’emblème amazigh a un double objectif : amputer le camp démocratique de son ancrage national et pousser le camp populiste-conservateur à se rassembler. Les déclarations d’un Djaballah ou d’un Makri ou le silence de nombreux acteurs politiques sont significatifs d’opportunismes ancrés ou naissants qui portent en eux la peur de la démocratie et de la transparence.

Le RCD est sans doute le seul parti politique à avoir rendu publique une démarche de transition avec des mécanismes et un timing. Bien évidement, cette proposition est soumise à débat. Nous avons aussi milité pour un regroupement plus large autour de la nécessité d’une transition. L’objectif pour nous est de jeter les bases de la construction d’un Etat de droit démocratique, les mécanismes et leurs articulations doivent être discutés pour arriver au consensus nécessaire.

L’option qui consiste à réduire la crise à de nouvelles élections présidentielles est la pire. Elle est le corollaire direct de l’instrumentalisation de l’appareil administratif, sécuritaire et judicaire. C’est la politique qui est en cours.

Sur toutes ces questions qui engagent l’avenir du pays et aussi celui de notre parti, les membres du Conseil national doivent débattre ici et dans les structures. Quelque soit la nouvelle situation sur laquelle débouchera le mouvement populaire, notre responsabilité est de porter au cœur du débat l’option démocratique pour laquelle nous combattons avec les sacrifices que vous savez. Notre énergie doit être, avant tout, orientée vers l’élargissement de notre base en tenant compte d’une modification certaine de la carte politique avec la venue d’autres regroupements politiques et la disparition prévisible de nombreux appareils.

Chers amis,

Ces quelques observations ne peuvent constituer un rapport détaillé sur la situation politique que vit le pays. Une chose est sûre : aucune initiative de sortie de crise ne peut aboutir si des détenus d’opinion croupissent en prison, si la liberté de l’activité politique publique n’est pas garantie, si les entraves faites aux manifestations et à la liberté de circulation ne sont pas levées.

Je ne peux terminer ce discours sans rendre hommage à la mobilisation exemplaire des militants du Rassemblement. Il nous appartient maintenant de construire des ponts et des solidarités avec tous les citoyens qui se battent pour une Algérie libre et démocratique.

Pour ma part, je ne ménagerai aucun effort pour provoquer les synergies libératrices. Notre parcours et notre autonomie sont nos meilleurs atouts.

A bas la répression et l’injustice !

Vive l’Algérie libre et démocratique dans une Afrique du Nord réconciliée avec son histoire !

Je vous remercie.

Mohcine Belabbas

 

 

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